L’écosystème entrepreneurial français franchit une nouvelle étape de maturité. Deux entreprises emblématiques de la French Tech viennent d’illustrer cette évolution remarquable : PayFit, spécialiste de la paie et des RH, annonce avoir atteint la rentabilité après une décennie d’existence, tandis que Le Slip Français fait son entrée à la Bourse de Paris. Ces trajectoires démontrent qu’au-delà de la simple levée de fonds, les startups françaises construisent désormais des modèles économiques pérennes et rentables.
PayFit : la rentabilité comme cap stratégique après dix ans d’existence
Lancée en 2015 par Firmin Zocchetto, Ghislain de Fontenay et Florian Fournier, PayFit rejoint le cercle fermé des scale-ups françaises rentables, aux côtés de Doctolib, Back Market ou encore Withings. Cette performance est d’autant plus remarquable qu’elle intervient après deux années difficiles marquées par des restructurations significatives : 20% des effectifs en 2023, puis 14% en 2024, ramenant l’entreprise à environ 700 collaborateurs.
Aujourd’hui, PayFit affiche 80 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR) et revendique 22 000 entreprises clientes réparties entre la France (85% du chiffre d’affaires), l’Espagne et le Royaume-Uni. L’entreprise ne se contente pas de cette étape : elle vise 150 millions d’euros d’ARR à l’horizon 2028, soit un quasi-doublement de son chiffre d’affaires en deux ans. Un objectif ambitieux qui témoigne de la confiance retrouvée après les années de turbulences.
Pour les étudiants en BTS NDRC, l’exemple de PayFit illustre parfaitement l’importance de la rentabilité opérationnelle dans la stratégie commerciale d’une entreprise. Contrairement à certaines startups qui privilégient la croissance à tout prix, PayFit a fait le choix difficile mais nécessaire de rationaliser ses coûts pour assurer sa pérennité. Cette approche démontre qu’une relation client durable repose d’abord sur une santé financière solide.
Une transformation stratégique : de la paie aux RH globales
Le changement de cap opéré par PayFit est révélateur des évolutions du marché du logiciel professionnel. Face à l’essor de l’intelligence artificielle générative qui bouleverse le secteur, l’entreprise a décidé d’élargir significativement son offre. Historiquement positionnée sur la gestion de la paie pour TPE et PME, PayFit devient une plateforme globale de gestion RH, intégrant la gestion des avantages salariés, du matériel informatique, des freelances et de la conformité.
Cette stratégie de diversification s’accompagne d’un élargissement de la cible commerciale : PayFit vise désormais toutes les tailles d’entreprises, des TPE aux groupes de plusieurs centaines de salariés. Comme l’explique Firmin Zocchetto : « Pendant dix ans, nous avons appris à opérer la paie de dizaines de milliers d’entreprises. Aujourd’hui, nous franchissons une nouvelle étape : PayFit devient un service qui prend en charge la paie et les RH. »
Pour les professionnels de la relation client, cette évolution illustre l’importance de la montée en gamme et du développement de services complémentaires pour fidéliser les clients existants et conquérir de nouveaux segments de marché. En élargissant son offre, PayFit augmente la valeur perçue par ses clients et renforce sa position concurrentielle.
Le Slip Français : du made in France à la cotation boursière
Le 14 juillet 2026, date hautement symbolique, Le Slip Français a fait son entrée sur Euronext Growth, le compartiment dédié aux petites entreprises de la Bourse de Paris. Avec un prix d’introduction fixé à 14,80 euros et environ 1,3 million de titres en circulation, l’entreprise est valorisée à environ 20 millions d’euros. L’opération a permis de lever 5 millions d’euros en augmentation de capital et 8 millions en cession d’actions existantes, soit 13 millions d’euros au total.
Cette introduction en bourse marque un tournant pour une entreprise qui a traversé une période particulièrement difficile entre 2020 et 2023, avec une baisse de chiffre d’affaires de 23% et la fermeture de la majorité de ses 20 boutiques. La société affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires de 21,1 millions d’euros et un résultat d’exploitation de 6,5%.
L’une des clés du redressement réside dans une décision commerciale courageuse : la baisse du prix des slips, passé de 40 à 25 euros. Cette stratégie de repositionnement tarifaire a permis d’élargir la clientèle et de relancer les volumes de ventes, démontrant qu’il n’est pas toujours pertinent de maintenir un positionnement premium à tout prix.
Des ambitions de développement à l’horizon 2030
Avec les fonds levés lors de son IPO, Le Slip Français prévoit d’investir environ 1,3 million d’euros pour financer sa « montée en puissance industrielle ». L’entreprise vise un doublement de son chiffre d’affaires d’ici 2030 et un résultat d’exploitation supérieur à 10% dans trois à cinq ans.
Le plan de développement est ambitieux et diversifié : production de jeans à partir de 2027, puis de sacs et casquettes en 2028, et enfin de linge de lit en 2029. Plus intéressant encore pour les professionnels du B2B, l’entreprise envisage de proposer une offre de production « Made in France » pour des marques tierces, capitalisant ainsi sur son expertise industrielle pour créer une nouvelle source de revenus.
Cette stratégie de diversification de l’offre et d’ouverture vers le marché B2B illustre parfaitement les possibilités de développement commercial pour une entreprise ayant consolidé sa position initiale. Pour les étudiants en NDRC, c’est un exemple concret de la façon dont une marque peut exploiter ses actifs (savoir-faire, image, capacités de production) pour conquérir de nouveaux marchés.
En conclusion : la maturité de l’écosystème French Tech
Les trajectoires de PayFit et du Slip Français incarnent la maturité croissante de l’écosystème entrepreneurial français. Ces entreprises prouvent qu’il est possible de passer du statut de startup prometteuse à celui d’entreprise rentable et pérenne, capable d’attirer les investisseurs traditionnels et d’accéder aux marchés financiers. Au-delà du storytelling habituel de la French Tech, ces success stories démontrent qu’une gestion rigoureuse, des choix stratégiques courageux et une capacité d’adaptation sont les clés d’un développement durable. La question reste ouverte : combien d’autres scale-ups françaises suivront cette voie dans les prochaines années, confirmant ainsi la solidité de notre écosystème entrepreneurial ?
Sources :

