Le quantique français PASQAL débarque sur le Nasdaq : un pari risqué pour financer son industrialisation

Le quantique français fait un pas historique outre-Atlantique. PASQAL, pépite tricolore de l’informatique quantique cofondée par le prix Nobel de physique Alain Aspect, vient de réaliser son introduction sur le Nasdaq. Mais derrière l’envolée spectaculaire du premier jour se cachent les défis structurels du financement des deep tech européennes en quête d’industrialisation.

Une première séance spectaculaire mais trompeuse

Vendredi 28 août, l’action PASQAL a clôturé sa première journée de cotation à 19,11 dollars, affichant une progression fulgurante de 95,2% par rapport au dernier cours de Bleichroeder Acquisition Corp. II, le SPAC avec lequel l’entreprise a fusionné. Cette envolée a permis à la société d’échanger environ 3,68 millions de titres dans une fourchette oscillant entre 13,08 et 20,10 dollars.

Pourtant, cette performance ne reflète pas nécessairement un véritable engouement des investisseurs institutionnels. La réalité est plus nuancée : sur les 28,75 millions d’actions publiques que comptait initialement Bleichroeder, 26 millions ont été rachetées par leurs détenteurs avant la fusion, soit plus de 90% du total. Ce retrait massif a créé un flottant extrêmement réduit de seulement 2,7 millions d’actions, transformant le marché en une zone de faible liquidité où les mouvements de prix s’amplifient mécaniquement.

Cette situation illustre parfaitement le comportement typique des fonds d’arbitrage qui investissent dans les SPAC : ils recherchent avant tout le rendement de la trésorerie et les droits associés, sans intention d’accompagner durablement une entreprise technologique sur le long terme. Ils peuvent voter favorablement à la fusion tout en récupérant leur mise, préférant le cash à l’exposition au risque quantique.

Un trésor de guerre de 360 millions, mais d’où vient-il vraiment ?

PASQAL annonce disposer de 360 millions de dollars de trésorerie suite à cette opération. Mais attention à l’interprétation : ce montant ne provient pas principalement du SPAC lui-même. Avec 90% de retraits, la contribution effective de Bleichroeder se limite à quelques dizaines de millions. L’essentiel provient en réalité d’investisseurs privés et institutionnels ayant participé à des tours parallèles, ce qui nuance fortement la réussite apparente de l’opération boursière.

Cette trésorerie doit néanmoins permettre à l’entreprise française d’accélérer son développement commercial et industriel. Les priorités sont clairement identifiées : augmenter la production des unités de traitement quantique (QPU), étendre le réseau commercial en Amérique du Nord, Europe, Moyen-Orient et Asie, et surtout poursuivre la recherche sur la correction d’erreurs en temps réel, véritable Saint Graal du calcul quantique.

La technologie à atomes neutres, un pari différenciant

Fondée en 2019 dans les laboratoires de l’Institut d’Optique par Alain Aspect, prix Nobel de physique 2022, PASQAL a fait le choix stratégique des atomes neutres manipulés par lasers, une approche alternative aux circuits supraconducteurs privilégiés par IBM ou Google. Cette technologie offre plusieurs avantages compétitifs : flexibilité accrue, montée en puissance facilitée du nombre de qubits et consommation énergétique nettement inférieure.

Avec 16,5 millions d’euros de revenus commerciaux en 2024 et sept ordinateurs quantiques déjà déployés mondialement auprès de clients prestigieux comme le Crédit Agricole, LG Electronics ou Saudi Aramco, l’entreprise démontre sa capacité à commercialiser une technologie extrêmement complexe. Reste que les puces quantiques demeurent très sensibles aux interférences environnementales, générant des erreurs de calcul qu’il faut corriger, un défi technique majeur pour toute l’industrie.

En conclusion : une troisième voie pour les deep tech européennes ?

L’introduction de PASQAL sur le Nasdaq constitue un cas d’école pour comprendre les difficultés de financement des deep tech européennes. Entre le sous-financement chronique du capital-risque européen et la cession à des groupes américains ou asiatiques, l’entreprise tente d’ouvrir une troisième voie : l’accès direct aux marchés américains tout en conservant son identité française.

Si le premier jour de cotation a fourni une démonstration spectaculaire de l’enthousiasme autour du quantique, la question reste posée : le marché établira-t-il un prix profond et durable pour cette technologie ? Pour les étudiants en BTS NDRC, ce dossier illustre parfaitement les enjeux de financement des innovations de rupture et la nécessité de maîtriser les mécanismes financiers pour accompagner la relation client dans des secteurs émergents. L’avenir dira si PASQAL parviendra à transformer cette opportunité financière en leadership industriel mondial.

Sources :

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