Les néobanques européennes sont entrées dans une nouvelle phase de leur développement : celle de la bataille pour devenir la plateforme unique des professionnels. Deux annonces récentes illustrent parfaitement cette stratégie : Qonto s’allie au géant néerlandais Adyen pour simplifier l’encaissement, tandis que Revolut déploie AIR, un assistant IA conversationnel qui révolutionne la gestion financière quotidienne. Ces initiatives traduisent une même ambition : réduire la multiplication des outils et fidéliser les clients en centralisant un maximum de services.
Qonto et Adyen : quand l’encaissement devient le nouveau terrain de jeu
Qonto, la néobanque française qui accompagne déjà des milliers de TPE, PME et indépendants, franchit une étape stratégique en nouant un partenariat avec Adyen. Ce rapprochement vise à combler ce qui constituait jusqu’ici un véritable point de friction pour ses clients : l’encaissement des paiements en point de vente. Jusqu’à présent, de nombreux professionnels devaient jongler entre leur compte Qonto pour la gestion financière et des prestataires tiers pour accepter les paiements de leurs clients. Cette fragmentation entraînait non seulement une perte de temps, mais aussi un manque de visibilité sur les flux de trésorerie et des coûts supplémentaires difficilement maîtrisables.
Grâce à l’infrastructure technologique d’Adyen, Qonto propose désormais une solution d’encaissement en marque blanche, incluant des terminaux de paiement co-brandés adaptés à tous les environnements professionnels : boutique, stand de marché, salon professionnel. L’offre intègre également le Tap to Pay sur Android et iOS, permettant de transformer n’importe quel smartphone en terminal de paiement. Pour les professionnels du BTS NDRC, cette évolution illustre parfaitement la notion de parcours client fluide : en réduisant les points de friction lors de l’encaissement, l’entreprise améliore non seulement sa propre efficacité opérationnelle, mais aussi l’expérience d’achat de ses clients finaux.
L’intégration directe de ces encaissements au compte bancaire Qonto offre un avantage majeur : la centralisation des flux financiers. Les fonds encaissés sont immédiatement visibles dans le suivi de trésorerie, facilitant la prise de décision et la gestion quotidienne. Cette approche répond à un besoin croissant des professionnels : disposer d’une vision globale et instantanée de leur activité financière, sans avoir à multiplier les connexions à différents outils.
Revolut mise sur l’intelligence artificielle avec AIR
De son côté, Revolut adopte une approche différente mais tout aussi stratégique en lançant AIR (AI by Revolut), un assistant IA conversationnel intégré directement dans son application mobile. Disponible dans un premier temps au Royaume-Uni, cet outil vise à transformer radicalement la façon dont les utilisateurs interagissent avec leur banque. Fini les menus complexes et les multiples onglets : il suffit désormais de poser une question en langage naturel pour obtenir une réponse ou effectuer une action.
AIR n’est pas un simple chatbot de support client. L’assistant accède aux données financières de l’utilisateur déjà visibles dans l’application – transactions, investissements, informations de carte – pour proposer une palette de services impressionnante : analyse des habitudes de dépenses, suivi d’investissements, gestion des abonnements actifs, blocage de carte en cas de perte, ou encore aide à la planification d’un budget voyage. Cette approche conversationnelle répond à une évolution majeure des usages : de la même manière que de nombreux utilisateurs interrogent désormais ChatGPT plutôt que de chercher sur Google, Revolut parie sur une interface naturelle pour simplifier la relation client.
Pour les professionnels de la relation client, AIR illustre parfaitement la notion de personnalisation de l’expérience. L’IA adapte ses réponses au contexte financier de chaque utilisateur, transformant un outil générique en véritable conseiller personnel. Cette dimension prédictive et proactive constitue un levier puissant de fidélisation : l’utilisateur développe une dépendance positive à un outil qui comprend ses besoins et anticipe ses demandes.
La bataille du guichet unique professionnel
Ces deux initiatives convergent vers une même stratégie : devenir le point d’entrée unique pour la gestion professionnelle. Qonto comme Revolut cherchent à réduire le nombre d’outils nécessaires au quotidien de leurs clients. Cette approche répond à un enjeu économique majeur : le coût d’acquisition client étant élevé dans le secteur bancaire, les néobanques doivent maximiser la lifetime value de chaque utilisateur en multipliant les services utilisés.
Pour les entreprises clientes, cette concentration des services présente plusieurs avantages concrets. D’abord, une réduction de la charge mentale : moins d’outils à maîtriser, moins d’identifiants à retenir, moins de tableaux de bord à consulter. Ensuite, une meilleure cohérence des données : lorsque encaissement, facturation et suivi de trésorerie sont centralisés, le risque d’erreur diminue et la visibilité s’améliore. Enfin, un potentiel gain financier : négocier avec un seul prestataire permet souvent d’obtenir des conditions tarifaires plus avantageuses qu’en multipliant les contrats.
Cette stratégie n’est pas sans rappeler celle des géants du numérique qui ont progressivement étendu leur écosystème : Google avec Gmail, Agenda, Drive et Meet, ou encore Microsoft avec Office 365. Dans le secteur bancaire professionnel, cette logique de plateforme intégrée constitue désormais le principal axe de différenciation face aux banques traditionnelles, souvent perçues comme lentes et cloisonnées.
En conclusion : vers une redéfinition de la relation bancaire
L’alliance Qonto-Adyen et le lancement d’AIR par Revolut témoignent d’une transformation profonde du secteur bancaire. Les néobanques ne se contentent plus d’être des alternatives digitales aux banques traditionnelles : elles ambitionnent de devenir de véritables partenaires opérationnels de leurs clients professionnels. Cette évolution pose une question stratégique pour les futurs professionnels de la relation client : comment les banques traditionnelles, souvent handicapées par des systèmes informatiques vieillissants et des organisations en silos, pourront-elles répondre à cette concurrence ? La réponse déterminera probablement le paysage bancaire européen de la prochaine décennie.
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