Les startups françaises de santé tech lèvent gros : Alan à 5 milliards, Waiv à 30 millions

L’écosystème français de la santé numérique confirme son dynamisme en 2025-2026 avec deux levées de fonds particulièrement significatives. Alan, devenue l’une des licornes les plus valorisées de la French Tech avec 5 milliards d’euros, vient de sécuriser 100 millions d’euros supplémentaires tout en annonçant sa rentabilité sur le marché français. Parallèlement, Waiv, spin-out d’Owkin spécialisé dans les tests d’oncologie par intelligence artificielle, lève 33 millions de dollars pour industrialiser ses solutions diagnostiques. Ces succès illustrent la maturité croissante du secteur, mais soulèvent également des questions sur la captation de valeur par les investisseurs internationaux.

Alan franchit le cap symbolique des 5 milliards d’euros de valorisation

Fondée en 2016 par Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin, Alan s’est imposée comme une référence incontournable de l’assurance santé numérique en Europe. La société propose une plateforme intégrée permettant aux entreprises et à leurs salariés de gérer leur couverture santé, leurs remboursements et différents services médicaux via une interface unique et entièrement digitalisée. Cette approche, qui rompt avec les processus traditionnels des assureurs historiques, a séduit un nombre croissant d’organisations.

Les chiffres présentés lors de cette nouvelle levée témoignent d’une croissance exceptionnelle : Alan affiche désormais 785 millions d’euros de revenus récurrents annuels, soit une progression de 53% en un an. L’entreprise revendique plus d’un million de membres et compte 37 000 entreprises clientes, allant des PME aux grands comptes comme Kiabi ou Veepee, en passant par des institutions publiques majeures telles que le ministère de l’Économie et des Finances, qui représente plus de 130 000 agents.

Plus significatif encore, Alan annonce avoir atteint la rentabilité opérationnelle sur le marché français, une étape cruciale pour une scale-up de cette envergure. Selon Mihaela Albu, directrice financière, cette levée était avant tout « opportuniste », répondant à une demande d’investisseurs existants et nouveaux, parmi lesquels figurent Index Ventures, Greenoaks, Kaaf Investments ou encore SH Capital. L’objectif affiché : financer l’expansion internationale et procéder à des acquisitions stratégiques. Après la France, la Belgique et l’Espagne, Alan s’est récemment implantée au Canada et prévoit d’attaquer un nouveau marché d’ici 2027, avec en ligne de mire le cap symbolique du milliard d’euros de revenus récurrents.

Waiv industrialise le diagnostic oncologique par intelligence artificielle

Dans un registre différent mais tout aussi stratégique, la startup parisienne Waiv annonce une levée de 33 millions de dollars menée par OTB Ventures et Alpha Intelligence Capital. Issue d’Owkin sous la forme d’un spin-out, Waiv développe une nouvelle génération de tests diagnostiques en oncologie fondés sur l’analyse par intelligence artificielle des lames de pathologie numérisées.

Cette technologie repose sur l’exploitation de multiples signaux biologiques et cliniques pour identifier les traitements les plus adaptés à chaque patient, une approche caractéristique de la médecine de précision. Les algorithmes développés par Waiv analysent des images microscopiques de tumeurs pour détecter des signatures biologiques invisibles à l’œil humain, permettant de prédire la réponse à certains traitements et d’améliorer la stratification des patients. Parmi ses produits déjà déployés figurent RlapsRisk BC, MSIntuit Suite et BRCAura BC, notamment dédiés au cancer du sein.

Dirigée par Meriem Sefta, ancienne Chief Diagnostic Officer d’Owkin, la société comptait initialement quelques personnes et emploie désormais 47 collaborateurs avec des équipes dédiées en ingénierie, data science, médical et commercial. Cette évolution a justifié la transformation en entreprise autonome : « Nos cycles de développement et nos perspectives d’exit ne sont pas les mêmes que ceux d’Owkin », explique la dirigeante. Owkin reste actionnaire minoritaire mais n’intervient pas dans la gouvernance opérationnelle. Ce montage illustre l’émergence d’une véritable « mafia Owkin », après la création de Bioptimus en 2024, autre spin-out prometteur de l’écosystème.

Des investisseurs anglo-saxons aux premières loges de la création de valeur

Si ces succès témoignent de la vitalité de la French Tech dans le domaine de la santé numérique, ils soulignent également une réalité structurelle du capital-risque européen : la captation d’une part significative de la valeur par des investisseurs internationaux, principalement anglo-saxons.

Dans le cas d’Alan, la chronologie des levées illustre cette internationalisation progressive du capital. Depuis sa création, la licorne a levé plus de 650 millions d’euros auprès d’investisseurs internationaux : Index Ventures a mené les tours de série A et B respectivement en 2018 et 2019, et continue d’accompagner l’entreprise. Avec une valorisation de 5 milliards d’euros pour environ 785 millions d’euros de revenus récurrents, Alan présente un multiple de six à sept fois l’ARR, relativement mesuré par rapport aux standards du SaaS observés au début de la décennie, mais qui représente néanmoins une création de valeur considérable dont une large partie bénéficie à ces acteurs internationaux.

Pour les professionnels de la relation client et du commerce digital, ces trajectoires offrent des enseignements précieux. Alan a construit son succès sur une expérience utilisateur radicalement simplifiée et une digitalisation complète de ses processus, créant ainsi un avantage concurrentiel décisif face aux acteurs traditionnels. Cette approche centrée client, combinée à une stratégie d’acquisition équilibrée entre secteur privé et public, illustre parfaitement les principes de prospection et de fidélisation enseignés en BTS NDRC.

En conclusion : un écosystème mature mais dépendant des capitaux étrangers

Les succès combinés d’Alan et Waiv confirment la capacité de l’écosystème français à créer et développer des champions technologiques dans le secteur de la santé numérique. Ces entreprises démontrent qu’il est possible d’atteindre des tailles critiques et une rentabilité opérationnelle tout en restant innovantes. Néanmoins, la question du financement reste centrale : comment l’Europe peut-elle mieux capter la valeur créée par ses propres startups ? La prédominance des fonds anglo-saxons dans ces tours de table pose la question de l’autonomie stratégique européenne dans les technologies de rupture. Pour les futurs professionnels de la relation client, ces modèles illustrent l’importance croissante de la data et de l’intelligence artificielle dans la construction d’offres différenciantes et la création de valeur durable.

Sources :

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