Longtemps dépendante des géants américains du cloud, la France amorce un virage stratégique majeur en matière de souveraineté numérique. La migration du Health Data Hub vers Scaleway et le lancement d’une suite collaborative open source par Sopra Steria illustrent cette volonté de reprendre le contrôle des infrastructures critiques. Face aux risques liés au Cloud Act américain et à la protection des données sensibles, l’Europe investit massivement pour garantir son autonomie technologique.
Le Health Data Hub rompt avec Microsoft : un tournant symbolique
Après sept ans de controverses, la Plateforme des données de santé acte officiellement son passage à un cloud souverain. Le choix de Scaleway, filiale du groupe Iliad de Xavier Niel, pour héberger les infrastructures du Health Data Hub marque une rupture stratégique avec Microsoft Azure, hébergeur historique depuis 2019.
Cette décision intervient dans un contexte de pression croissante pour s’affranchir des acteurs américains. Le Cloud Act permet en effet aux autorités américaines d’exiger des entreprises technologiques américaines la communication de données stockées n’importe où dans le monde, y compris en Europe. Pour des données aussi sensibles que celles du Système National des Données de Santé, comprenant les informations médicales de millions de Français, cette situation posait un risque juridique et éthique majeur, régulièrement dénoncé par la CNIL.
Le processus de sélection s’est révélé particulièrement rigoureux : plus de 350 critères techniques ont été évalués pour garantir que l’hébergeur choisi réponde aux exigences d’élasticité et de sécurité nécessaires. Selon Damien Lucas, directeur général de Scaleway, cette victoire représente « un signal envoyé à tous ceux qui se font une certaine idée du cloud : une alternative européenne crédible et compétitive existe ».
Cette migration servira de test grandeur nature pour évaluer la capacité réelle des acteurs européens à rivaliser avec les hyperscalers américains sur des projets publics critiques. Au-delà de l’aspect technique, elle consacre un basculement philosophique : la souveraineté numérique devient un critère opérationnel structurant, au même titre que la performance ou le coût.
Sopra Steria propose une alternative collaborative souveraine
En parallèle, Sopra Steria répond à une demande croissante du marché en lançant une suite collaborative « 100% open source et européenne ». Cette initiative, destinée aussi bien aux organisations publiques que privées, s’inscrit dans la même logique de maîtrise des données et d’affranchissement des solutions propriétaires américaines.
Selon Rémi Kaeffer, directeur technique adjoint au sein de la BU Services Publics de Sopra Steria, ce projet est né de « l’écoute des clients qui s’interrogent concrètement sur leur capacité à reprendre la maîtrise de leurs outils de collaboration quotidiens ». Le contexte réglementaire de plus en plus exigeant accélère cette prise de conscience qui dépasse aujourd’hui largement le secteur public.
La force de cette approche réside dans l’assemblage intelligent de composants open source matures plutôt que dans le développement d’un énième produit propriétaire. La suite intègre notamment Meet pour la visioconférence, le protocole Matrix pour la messagerie instantanée, Nextcloud et Collabora Online pour le stockage et l’édition collaborative, ainsi que SOGomail pour la messagerie électronique. Cette logique garantit une réversibilité totale et évite de créer une nouvelle dépendance technologique.
Pour les professionnels de la relation client, cette évolution est particulièrement stratégique. Elle permet de gérer les interactions et données clients sur des infrastructures souveraines, répondant ainsi aux exigences croissantes du RGPD et des clients en matière de protection des données personnelles.
Une dynamique européenne plus large vers l’autonomie technologique
Ces initiatives françaises s’inscrivent dans une dynamique européenne d’ensemble. Scaleway fait notamment partie des quatre sociétés sélectionnées par la Commission européenne pour fournir des solutions de cloud souverain aux institutions de l’Union, dans le cadre d’un marché de 180 millions d’euros. Cette reconnaissance valide la maturité technique des acteurs européens face aux géants américains.
L’administration française poursuit également sa transition avec l’annonce d’une migration progressive de Windows vers Linux pour ses ordinateurs. Ces décisions témoignent d’une prise de conscience collective : la dépendance aux services numériques américains représente un risque stratégique pour l’Europe, d’autant plus dans un contexte de tensions transatlantiques accrues.
Pour les étudiants en BTS NDRC et les professionnels de la relation client, cette évolution bouleverse les pratiques. La digitalisation de la relation client ne peut plus s’envisager sans intégrer les enjeux de souveraineté numérique. Le choix des outils de CRM, de gestion des données prospects et clients, ou encore des plateformes de communication doit désormais intégrer ce critère de souveraineté, au risque de fragiliser la confiance client et d’exposer l’entreprise à des risques juridiques.
En conclusion
Le virage du Health Data Hub vers Scaleway et le lancement de solutions collaboratives souveraines marquent un tournant stratégique majeur. Ces initiatives démontrent que les acteurs européens disposent désormais des capacités techniques pour concurrencer les géants américains sur des projets critiques. Reste à confirmer cette montée en puissance dans la durée, alors que les enjeux de protection des données et de souveraineté numérique s’imposent comme des critères décisionnels incontournables pour les organisations publiques comme privées. Pour les professionnels de la relation client, cette évolution ouvre de nouvelles opportunités de différenciation par la confiance et la maîtrise des données, à condition de s’approprier rapidement ces nouvelles solutions souveraines.
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